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  • daphnemarga

"Je regrette le jour où tu es née"

Enfant principalement mais aussi adulte, certaines phrases entendues à notre encontre nous marquent profondément... Que ce soit sous le coup de la colère, de la fatigue ou d'une émotion forte, nous avons tous entendu des mots blessants restés ancrés dans notre mémoire consciente ou inconsciente, au niveau cellulaire et énergétique.



Enfant, comme nous sommes sans filtre, nous prenons de plein fouet et contre nous tout ce qui est dit et fait, sans considérer le contexte ni faire la part de choses. C'est ainsi que nous nous enfermons dans des croyances erronées de ne pas mériter, de devoir satisfaire aux demandes extérieures, de faire toujours plus, de ne pas être capable... Des schémas néfastes sont ainsi créés, nous empêchant de nous épanouir à l'âge adulte par les rôles que nous jouons, prisonniers de ce système de mémoires.

Chacun.e de nous a vécu ce processus à différents niveaux et en avons fait des particularités de fonctionnement défensifs en fonction de notre personnalité.

On retrouve alors des adultes qui n'osent pas tenter de nouvelles expériences et se contentent d'un quotidien rassurant même si non épanouissant. Persuadés qu'ils sont incapables de réussir à réaliser leurs rêves ou qu'il doivent répondre à ce qu'on attend d'eux, ils s'oublient eux-mêmes et préfèrent se conformer aux regards extérieurs approbateurs. D'autres s'obstinent dans des impasses dont ils n'arrivent pas à trouver la sortie de peur de décevoir ou de s'avouer que cette voie n'était pas faite pour eux. Certains encore portent la croyance de ne pas mériter d'être heureux...

A ces mécanismes s'ajoutent les informations transgénérationnelles héritées de nos aïeux, une couche supplémentaire à ce fonctionnement d'auto-sabotage inconscient. Cependant nous avons en nous toutes les clés pour nous défaire de l'emprise de ce passé, en prenant conscience que tout ça n'est que l'histoire de notre personnage. Nous sommes bien plus cela...


"Je regrette le jour où tu es née" : c'est la phrase que j'ai reçue de mon père, comme un coup de poignard asséné en plein coeur, à l'âge de 17 ans. Je me souviens parfaitement de la scène, des secondes qui ont précédé; le canapé en cuir rouge sur lequel était assis mon père, ma colère et l'injustice subie me poussant un jour à réagir en donnant des coups... puis ces mots en retour.

Aujourd'hui, j'ai compris la profonde souffrance de mon père liée à son histoire, le rongeant de l'intérieur et l'ayant amené à vivre dissocié de son corps et de ses émotions.

La dissociation post-traumatique est un système de protection du système nerveux qui agit par déconnexion du ressenti au corps suite à une violente détresse émotionnelle ou physique. Ce phénomène permet de court-circuiter la souffrance ressentie sur le moment, la victime se percevant hors de son corps. Répétée, la dissociation s'installe et persiste tant qu'on ne la prend pas en charge en thérapie ou soins adaptés, ou soi-même lorsque l'on a compris les mécanismes, donc parfois toute la vie.

Celle de mon père s'accompagnait d'une dépendance à l'agression verbale et psychologique, un moyen pour lui de tenter d'assouvir sa propre douleur (cf les travaux du Dr Muriel Salmona sur la mémoire traumatique) et qui renforçait davantage son mal-être.

A cette époque, mon frère et ma soeur partis de la maison pour leurs études, j'étais devenue un punching-ball verbal privilégié et de façon plus intense.

Encore incapable de me souvenir aujourd'hui des propos qu'il tenait à mon égard, je me souviens de lui déchargeant ses mots sur moi, mes émotions me submergeant. Terriblement angoissée et impuissante, je finissais par me réfugier en pleurs dans ma chambre. Ce jour précis, la sidération a ensuite laissé place à une évacuation de ma colère et de ma frustration sous forme de coups portés à mon père.


L'étude de la psychologie et notamment des psycho-traumatismes m'a aidée à y voir plus clair et à appréhender ce qui se jouait entre mon père et moi, et comment lui tentait de survivre à son mal-être. Les conséquences qui en ont découlé dans mes relations en général et dans celles aux hommes en particulier me sont clairement apparues, mais c'est un autre sujet.

Il me fallait comprendre et avoir une autre vision pour pardonner à mon père, bien des années après sa mort et enfin être en paix avec lui. Il m'a aussi fallu me pardonner à moi-même de ne pas avoir pu réagir à l'époque et d'avoir fini par le frapper; lui demander pardon pour ça.

Pour l'anecdote, mon acuité privilégiée avec le monde invisible lui a permis d'entrer en contact avec moi 2 ou 3 fois à des moments précis de ma vie pour m'accompagner à comprendre les interdits que j'avais placés (j'en ai pris conscience plus tard) et également pour me demander pardon... C'était aussi déroutant que puissant, émotionnellement parlant, et mon père m'a finalement été d'une grande aide dans ce cheminement.

Depuis quelques jours, cette phrase clé me revient fréquemment et je ressens qu'elle m'indique la barrière à franchir pour pouvoir m'épanouir dans tous les domaines de ma vie. Inconsciemment, l'engramme que je ne méritais pas ma place dans ce monde et que je ne pouvais donc pas être heureuse me bloquait lourdement.

D'ailleurs je me suis récemment rendue compte qu'avant même de naître, un accident de voiture m'avait fait arrêter de grossir et de bouger dans le ventre de ma mère. Terrorisée par ce monde perçu comme dangereux lors de ce premier traumatisme, j'étais comme sidérée et n'osais déjà plus exister, avant même ma naissance. Comme un fil conducteur qui m'a suivie et qui retrouve sa trame originelle, expliquant nombre de situations vécues, cette croyance mise en lumière est en cours de désintégration, les dernières fibres été apparues d'elles-mêmes.



Ce bout de mon histoire pour illustrer mes propos quant à l'impact des mots, et des actions à notre égard lorsque nous sommes enfants. Réparation et attention adéquates auprès de notre enfant intérieur peuvent faire partie de notre cheminement afin de refermer ces cicatrices béantes néfastes à notre bien-être et finissant par retentir sur les personnes que nous côtoyons et aimons d'une manière ou d'une autre.

C'est pourquoi un retour à notre corps et à notre intériorité, à ce que nous sommes au-delà de notre personnage, ainsi qu'une rééducation de la pensée, de la parole et de l'action (évoqué dans un post Instagram) me paraît indispensable pour notre épanouissement individuel et celui de notre entourage.


Daphné M.






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